La chaleur de cet après-midi d’août alourdit ses membres, rend chaque geste las. Même le bruit des voitures qui passent devant la maison est assourdi. Une goutte de transpiration est suspendue pendant un instant à la naissance de sa nuque avant d’entreprendre la folle descente jusqu’au bas de ses reins. La main de l’homme la recueille, lèche le doigt dans un mouvement qu’il pense sensuel. Elle le regarde à peine, ce pauvre type dégoûtant, le chevauche, avale ce sexe minuscule emballé comme une saucisse avariée et danse sur lui.
Il est laid, gras, bruyant, puant mais il paie bien et qui plus est, il termine rapidement son affaire. Quelques mouvements de bassin, quelques grouinements qu’elle n’entend plus et elle le sent ramollir et quitter son corps. Elle se lève, va prendre une douche. Quand elle en sortira, le client sera parti, laissant quelques billets froissés sur le lit. Elle les lissera et les rangera dans la boîte qu’elle garde secrètement près de la machine à laver, cet enfer, que personne ne lui dispute, où elle mettra les draps et le soir, son mari, satisfait de rentrer après une dure journée de labeur, sera ravi de trouver des draps propres et parfumés.
Elle recompte la liasse. Plus qu’une fois. Deux peut-être. Deux semaines et elle partira, loin. Loin. Aussi loin que son esprit est déjà. Loin de la machine à laver, de la cuisine, des poudres à récurer, des couches à laver, des chaussons à apporter, des meubles à dépoussiérer, des robes serrées à la taille. Deux semaines et elle sera libre, elle-même.
Ô infamie, indépendante.
Word count: 265

No comments yet
Flux de commentaires pour cet article